Sunday, February 24, 2019

Le vrai sens de la non-dualité


On ne peut pas comprendre ce qu’est la non dualité tant qu’il y a un égo (et j’entends par « égo » la perception d’être une personne séparée, le fait de croire qu’on a une individualité, qu’il y a un « moi » ici dans ce corps). Je précise qu’il ne s’agit pas de savoir ou de comprendre qu’on n’est pas séparé les uns des autres, je ne parle pas d’une connaissance intellectuelle, mais de ce qui est vécu réellement.

Donc tant que nous expérimentons la séparation à travers le corps, nous ne pouvons pas comprendre vraiment ce qu’est la non-dualité. Nous pouvons essayer, en avoir un avant-goût, mais c’est impossible de le comprendre vraiment, ça doit être vécu.

Commencez par regarder attentivement le processus de la dualité et vous y découvrirez de grandes vérités. Par exemple, voyez que la dualité n’existe en fait que par le principe de comparaison. Rien ne peut être étiqueté de bien ou de mal s’il n’y a pas un autre point de comparaison. Si uniquement le « grand » existe, vous ne pourrez pas parler de « petit ». Si uniquement la « paix » existe, vous ne pourrez pas parler de « guerre ». Si uniquement le « chaud » existe, vous ne pourrez pas parler de « froid ». Dans ce cas, vous ne pourrez donc pas expérimenter la dualité. Tout est question de comparaison et la comparaison n’est qu’une pensée, qu’une idée engendrant une classification et un étiquetage des choses. Pour que la dualité existe il faut donc qu’il y ait une pensée qui sépare les choses. Mais si cette pensée n’existait pas, les choses ne seraient pas étiquetées, pas comparées et donc pas séparées. Dans ce cas, tout pourrait simplement être vu, vécu et goûté dans l’instant, sans qu’aucune idée au sujet de ce qui est vécu n’apparaisse et donc sans dualité aucune. Je pense que vous comprenez ce principe, par contre le piège là-dedans c’est quand la personne veut vivre cette non-dualité  parce qu’elle va automatiquement croire que pour en sortir elle doit arrêter de penser, or c’est impossible. Vraiment, c’est impossible! On peut se concentrer très fort pour ne pas penser pendant quelques secondes, mais même les grands maîtres ont des pensées, ils l’affirment.

Du coup, vous allez me demander comment la non-dualité peut être vécue. Et bien c’est simple, ils ne sont plus identifiés au personnage séparé. La vision claire de la vérité apparaît et qui est que ce personnage n’est pas ce qu’ils sont vraiment (ni ce que nous sommes tous d’ailleurs). Le personnage séparé, ses pensées, ses idées et ses expériences, apparaissent simplement au sein de ce que nous sommes vraiment: la vie elle-même.

Pour faire court, je dirais que c’est un peu comme si vous étiez en train de rêver dans votre sommeil et que soudainement tout en restant endormi et dans le rêve, vous preniez conscience que tout ça est un rêve. Quoi qu’il arrive dans ce rêve, je peux vous affirmer que cela ne vous fera ni peur, ni mal. Vous ne serez pas affectés par ce qui vous arrive dans ce rêve et simplement parce que vous savez que c’est un rêve. Vous seriez complètement détaché du personnage et percevriez juste ça comme une histoire. Dans ce cas, où seraient le bien et le mal? Seraient-ils réels puisqu’il s’agit simplement d’une appréciation du personnage au sein d’une histoire illusoire ?

Regardez dans votre expérience, quand vous vous réveillez le matin et que vous vous souvenez d’un rêve, est-ce que vous vous tracassez pour les éventuels problèmes rencontrés dans le rêve ou est-ce que vous ressassez le mal qu’on aurait pu vous faire dans ce rêve? Non, vous savez pertinemment que c’est faux et donc vous n’y attachez pas d’importance, vous savez que ce n’est pas à vous que c’est arrivé, mais simplement à ce personnage du rêve que vous avez cru être vous en train de vivre.

La non-dualité n’est pas ni un concept, ni quelque chose que vous devez intégrer dans votre vie, vous ne le pourriez pas. La non-dualité est une vérité absolue, mais qui ne peut être goûtée dans la non-existence du personnage. Si vous vous avez envie de goûter à cette non-dualité, vous devez regarder attentivement ce personnage jusqu’à découvrir sa non-existence, sa non réalité. Alors, lorsque l’évidence de cette vérité se révélera à vous, la non-dualité sera aussi une évidence.


Caroline Blanco

PROCESS THINKING: A CHINESE PARABLE




The Cracked Pot - an Innerwork tip

A water bearer in China had two large pots, each hung on the ends of a pole which he carried across his neck. One of the pots had a crack in it, while the other pot was perfect and always delivered a full portion of water. At the end of the long walk from the stream to the house, the cracked pot arrived only half full. For a full two years this went on daily, with the bearer delivering only one and a half pots full of water to his house. Of course, the perfect pot was proud of its accomplishments, perfect for which it was made. But the poor cracked pot was ashamed of its own imperfection, and miserable that it was able to accomplish only half of what it had been made to do. After 2 years of what it perceived to be a bitter failure, it spoke to the water bearer one day by the stream. “I am ashamed of myself because this crack in my side causes water to leak all the way back to your house.”
The bearer said to the pot, “Did you notice that there were flowers only on your side of the path, but not on the other pot’s side? That’s because I have always known about your flaw, and I planted flower seeds on your side of the path, and every day while we walk back, you’ve watered them. For two years I have been able to pick these beautiful flowers to decorate the table. Without you being just the way you are, there would not be this beauty to grace the house.”
Our view of this Story. Each of us thinks we are cracked in some way. But that is because we identify only with our identity –e.g. serving water to people– instead of serving people, and the flowers or atmosphere as well.
Our Tip. If you can’t change something, discover what it’s for.

Saturday, January 20, 2018

Entretien avec Philippe GREBALET



VERS LA GUÉRISON DE L'EGLISE CENTRAFRICAINE



Philippe Grenalet est né à Batangafo (Préfecture de l’Ouham, République Centrafricaine). Il a été ordonné  le 22-07-2001 à Alindao par Mgr Juan Jose AGUIRRE, évêque du diocèse de Bangassou. Titulaire d’un Master en Théologie de la pastorale catéchétique à L’institut catholique de Paris. Entre autres ministères pastoral il était Coordonateur de la Commission de la Pastorale Biblique de l’ACERAC (Association des Conférences Episcopales de la Région de l’Afrique Centrale) de 2008-2014, et aussi il était membre du Conseil du Centre Biblique pour l’Afrique et Madagascar (CEBAM/BICAM) de 2007-2014.


Yago: Philippe, bienvenue sur ce blog "respirer le pardon" où l'on explore sous des angles différents comment le conflit peut être transformé. Vous êtes un prêtre diocésain en République centrafricaine. Vous avez rendu de nombreux services à différents niveaux tels que: catéchèse, pastorale biblique, prédicateur de retraite, formation des laïcs, enseignement, accompagnement spirituel, counselling, aumônerie du Renouveau Charismatique et de la Légion de Marie ... Mais ce qui est pertinent pour notre entretien, c'est que vous avez servi dans un pays qui a traversé d'énormes défis liés à la violence, l'instabilité politique et la pauvreté précise.

Vous dites que l'attention et l'écoute est un souci pour vous. Pourquoi?


Philippe: Justement être attentif à l’autre c’est déjà pour moi une étape importante d’abord de valorisation de l’autre et ensuite l’écoute de l’autre c’est de lui permettre de prendre conscience que quelqu’un est là, un interlocuteur qui participe voire même complice de son histoire. L’écoute et l’attention font de l’écoutant le confident.

Yago: Tout d'abord, pourriez-vous nous dire ce qui vous pousse à écrire ce livret sur «l'apostolat de l’écoute»?

PhilippeLa motivation est simple. J’avais écris ce livret d’abord dans le but de mettre à la protée de celles et ceux qui s’intéressent à ce ministère. Ensuite pour partager mes différentes expériences en ce domaine du counselling qui fait partie de ma formation. Enfin de mettre en évidence que dans notre ministère, l’apostolat de l’écoute reste et restera la trame d’une activité pastorale importante.

Yago: Comment avez-vous exercé "l'apostolat de l'écoute"?

PhilippeJ’ai exercé cet apostolat dans plusieurs contextes: le sacrement de réconciliation, le sacrement des malades, l’accompagnement des couples et des personnes en difficultés, dans la catéchèse…Tout est pour moi une occasion d’écoute, c’est-à-dire savoir donner de son temps pour l’autre. L’écoute c’est l’accueil de l’autre. Pour moi c’est une valeur évangélique à désirer.

Yago: Quelle est la pertinence d'un apostolat d'écoute dans la situation actuelle de l'Eglise Centrafricaine?

PhilippeJe pense que cet apostolat vise d’abord une attention à la personne blessée. Ecouter et écouter. Mais faisons attention. Il faut écouter et reconnaitre son incapacité à donner des réponses…le silence joue parfois un rôle important.

Yago: Quel serait l'enjeu d'une bonne écoute dans l'apostolat?

PhilippeIl est la clef de voûte d'une bonne compréhension mutuelle. Ecouter sans juger est un exercice délicat qui convoque l’attention au contenu du dire de “l’autre”. Une écoute authentique est vraiment thérapeutique. Ecouter, c'est donner la possibilité à l'autre de se prendre en charge, de s'exprimer librement ; c'est coopérer à la résolution de son problème ; c'est l'aider à gérer son conflit intérieur (c'est à dire ce qui perturbe la personne intérieurement).

Yago: Quels seraient pour vous les principes de counselling: les outils pour un apostolat de l'écoute?

PhilippeIl faut décrire le counselling comme une relation d’aide basée sur un entretien entre deux personnes : le client, le conseiller. Une méthode de soutien psychosocial qui met l’accent sur l’importance de l’autodétermination du patient.

Yago: Selon vous, qui peut faire du counselling? Spécialement dans la situation actuelle dans la République Centrafricaine?

PhilippeTout le monde peut faire le counselling, mais tous n’ont pas les aptitudes de le faire. Je m’explique, quand je parle des aptitudes cela veut dire que le conselling va au delà d’un simple conseil qu’on prodigue. C’est une science qui à ses règles et ses principes dont il faut l’acquérir, se former, se donner. Cela peut susciter ou réveiller certaines dispositions naturelles du conseiller. Pour ce faire il nous faut des centres spécialisés dans ce contexte : des centres d’écoute avec des personnes :
  • qui s’intéressent et se soucient des autres
  • qui ont une bonne connaissance des problèmes liés aux crises de la vie
  • qui ont des aptitudes de base : savoir écouter, savoir utiliser le langage convenable, poser les questions et savoir répondre, savoir vérifier que le client a bien compris ce qui a été dit.
Il faut aussi inspirer confiance, avoir une attitude positive, être disponible et accessible, être discret et garder la « confidentialité », être logique et précis dans ses explications (pas de parole double)

Dans notre situation actuelle ce besoin est grandissant et a besoin d’un travail d’accompagnement afin d’aider les gens à se prendre en charge dans la gestion de leur crise.

Yago: Quelles sont les techniques de conseil les plus importantes selon vous?

PhilippeJe résume de cette manière : L’acceptation; La clarification; La reformulation; Le soutien; La technique du reflet; La réassurance; Le silence; La question; Le conseil.  Voilà en quoi consiste les techniques de conseil les plus importants.

Yago: Tu parles de la crise. Comment cela se passe-t-il? Quelles sont les étapes impliquées?

PhilippeLa crise se manifeste à plusieurs niveaux et dépend du contexte. Elle est caractérisée par les étapes. Qu’est-ce qui provoque la crise ? C’est un événement, un fait de vie marqué par un choc ou une désorientation de l’ordre. La réception est douloureuse et va jusqu’à anéantir la victime du point vue psychologique et somatique. La crise va se développer, va être dramatisée et s’impose en impasse. Ce qui est visible c’est la réponse à laquelle la victime donne à l’événement douloureux. J’appelle cette réponse « une réponse de mort ». Pourquoi car l’idée de vengeance, de haine, de destruction, de violence de tout genre peut naître en la personne victime. D’une manière générale la victime se fait innocente mais elle peut être bourreau sans en avoir pris conscience. Quand la crise surgit les étapes sont :
  • Le Choc : un problème, un fait, un événement provoque un choc de durée variable. Ce traumatisme résulte d’un face à face trop brutal avec la mort (maladie dangereuse, humiliation, diffamation, trahison,...) La personne est soudain totalement désorganisée et se réfugie dans un monde d’actions futiles. Elle se coupe totalement de tout le monde et ne veut rien savoir de qui que ce soit.
  • Le déni : la personne traumatisée refuse l’information ou le diagnostic. (surtout pour le cas des maladies graves : HIV/Sida, cancer et autres).
  • La colère : ce qui fait exploser la colère, c’est le mécanisme qui bloque le but à atteindre, spécialement quand il y a une persistance de frustration, avec une accumulation graduelle de tension. La révolte de la personne se manifeste très vivement ; elle est agressive vis-à-vis de l’autre, que ce soit un membre de sa famille ou une personne de son entourage. Elle pense et dit « pourquoi moi? »
  • La dépression : elle peut être longue et sérieuse. Les problèmes causés par une nouvelle situation ou par une maladie, ou au sein de la famille, ou au niveau financier, aggravent la souffrance morale de la personne qui devient triste et sombre.
  • Le marchandage : l’incroyable pression exercée sur le psychisme de la personne entraîne des comportements qui sont loin de ceux d’une personne «sereine».
  • L’acceptation : à cette étape, la personne trouve une certaine paix. Cette étape est plus sereine que joyeuse. L’acceptation n’est pas une démission, c’est une progression. C’est le franchissement d’un seuil de perception nouveau et totalement inconnu.

Yago: Où vous placez l'acceptation?

PhilippeL’acceptation vient couronnée le processus de rétablissement de la crise. Elle est précédée par une longue négociation, difficile parfois, pour en arriver à une pacification intérieure de la victime. Elle est dans le temps et l’espace, et ne peut être mesurée. Seul le facteur temps est déterminant dans ce processus d’acceptation.

Yago: Quelles sont les réactions psychologiques dans une situation traumatisante? 

PhilippeToutes ces réactions psychologiques sont traumatisantes pour la personne a tel point qu’elle est paralysée dans ses forces vitales et petit à petit elle développe en elle un monstre. Ces réactions proviennent des informations stockées dans la mémoire de la personne telles que : la superstition, croyance etc.…là c’est le premier niveau. Le deuxième niveau se manifeste par la :- Peur et angoisse: la peur est une émotion qui cherche à «éviter» et implique la fuite devant la colère. Le fait que le monde est plein de danger, la peur est vécu comme une émotion. Selon certains psychologues, la peur est le noyau du comportement humain- angoisse de mort. Le point essentiel est le manque de courage ou de force pour faire face aux menaces ou dangers- Colère et frustration:   peuvent être engendrées par l’incertitude de la maladie, des problèmes- c’est-à-dire devant l’impossibilité de changer les circonstances. -Culpabilité: se condamner- de s’être mal conduit- être une victime passive. Conscience de «mal faire», la transgression de la loi qui est vécu comme une souffrance morale. Elle se réfère à un acte moralement mauvais fait par le concerné.- Remord : c’est un regret très profond et amer car l’acte posé sur le plan moral est mauvais. Par exemple, refuser d’assister un parent mourant.   -Désespoir et dépression : la perte de l’espérance, un pessimisme et un dégoût de la vie s’installent et entrainent parfois à un suicide de la part de la personne. -Choc

Yago: Comment se déroule la croissance post-traumatique? 

PhilippeQuelles étapes sont nécessaires? (déconstruction du récit, réparer le monstre elle même a fait grossir on elle, reconstruction) (libération de la force vital) (préfiguration) (l’aspect de la mémoire) (récit de l’enfance, adolescence, famille)(le récit de la conviction, du rêve du futur) (récit des différents parcours de vie) (récit de haut et bas de la vie) (récit de relation avec la religion… différents mouvements) (affirmations identitaires) (configuration. comment tu t’écoute toi même) (passage) (intégration, paix intérieure, acceptance, regard positif sur ma situation) (découvrir que a redit de vie est dynamique)

La croissance post-traumatique se déroule sur la théorie de Paul Ricoeur le philosophe Français. Je me suis basé sur cette théorie pour élaborer le processus de croissance post-traumatique. C’est aussi le fruit de mes expériences de différents peuples (Africains, Européens, Asiatiques, Américains, Antillais) dont j’ai accompagné dans le cadre de cet apostolat de l’écoute. Une chose est certaine, se mettre devant le « sujet » on se rend compte que l’être humain reste le même partout dans le monde. Aucun sujet ne peut prétendre qu’il est mieux humanisé que l’autre. La violence, tout le monde en fait l’expérience ; la haine et le rejet sont vécus par tout le monde ; l’amour et la joie pareille. Ce schéma vient renforcé ma conviction que le sujet est tributaire des influences de toutes sortes. J’entends par « influence » tout ce qui bloque nos forces vitales de s’épanouir. En voici la démarche qui se vit sur le temps et l’espace et pourra être répétitif. L’homme est pluriel comme on le dit en philosophie.

PREFIGURATION

Cadre:
  • Récit de l’enfance
  • Récit familial
  • Repères éducatifs (soit le père, soit la mère, soit les parents)
  • Récit d’une conviction ou rêve d’un futur
  • Récit de différents parcours de vie: (études, identification avec ses aspirations initiales, identification avec ses nouvelles aspirations)
  • Récit des hauts et bas de sa vie: (ce qui fait la joie, et ce qui fait souffrir en lien avec son entourage « collaborateurs, parents, famille nucléaire et élargie)
  • Récit de sa relation avec la religion: (1er mouvement: « engouement, abandon et retour », 2ème mouvement: « un cheminement normal de vie de foi, un cheminement qui s’éclaircit avec le temps).
  • La présence des adjuvants dans le récit de vie: (celles et ceux qui ont été mis sur notre parcours et qui ont été des facteurs déterminants dans l’histoire de notre vie; celles et ceux qui ont permis un changement positif dans l’histoire de notre vie ; celles et ceux qui ont permis de devenir « ce que nous sommes aujourd’hui »
  • La personnalisation du récit à travers les expressions : (« je tiens à ma liberté » ; « je suis resté marqué par… »; « je suis envoyé »; « j’ai de problème avec »; « je dois prendre un temps de recul »; « je suis… »; « j’ai compris qu’il faut dans la vie… ». « Le JE »  devient une affirmation identitaire.

CONFIGURATION

Cadre:
  • Regard de foi,
  • Repère et organisation de sa personnalité,
  • Passage (de peur à l’affirmation identitaire ; de ses projets humains aux projets de Dieu),
  • Récit de vie intégré,
  • Capacité de déchiffrer le mouvement interne et externe du récit de vie avec un regard plus mature,
  • Découvrir qu’un récit de vie n’est pas clos, n’est pas statique, mais plutôt ouvert sur l’avenir dont on ne maitrise pas en se confiant à Dieu maître de l’histoire.


Yago: Pourriez-vous nous donner quelques attitudes pour l'exercice de cet apostolat? (la compassion, l'empathie, être conscient du soi-même ....)

PhilippeL'apprentissage d'une bonne écoute est d'abord une qualité dans les relations humaines. Le véritable apostolat ou la véritable pastorale est celle de l'accompagnement, ce qui suppose une formation à l'écoute. Il nous faut des attitudes à l’exercice de cet apostolat :

  • La compassion : La compassion est l'attitude de celui, qui, touché profondément par la souffrance, l'épreuve de l'autre, est interpellé au point de poser un acte d'amour.
  • Empathie : Empathie veut dire "sentir du dedans". C'est une attitude qui consiste à écouter l'autre en cherchant à comprendre comment il perçoit sa situation, son problème. On cherche à se mettre à la place de l'autre pour comprendre son problème tout en restant objectif.
  • Etre conscient de soi-même :  Dans l'écoute, je me dois d'être conscient de mes idées, de mes émotions, d'être attentif aux mouvements physiques et émotionnels qui m'animent, et à l'écoute de la parole de l'autre.
  • Accepter l'autre tel qu'il est : Accepter l'autre veut dire reconnaître, respecter ce qu'il est, être attentif à lui, quelle que soit sa vie. Là, on est en présence d'une "personne brisée – blessée" qui est en quête d'une libération.
  • Humilité : Vivre l'écoute avec humilité, c'est reconnaître mes qualités mais aussi mes propres limites. Je dois veiller à ne pas posséder l'autre dans le processus d'écoute ; c'est-à-dire renoncer à tout pouvoir sur lui, à toute captation de sa liberté, ne pas chercher à le garder sous ma coupe, en dépendance.

Yago: Quelle est la dynamique de la rencontre-écoute?

PhilippeDans la rencontre-écoute, c'est l'écoutant qui rentre dans le monde de l'autre à travers les faits expliqués. Il rentre dans le territoire de l’autre, il explore ensemble, il visite les recoins tout en ayant un regard de compassion. Cette dynamique se manifeste par la vulnérabilité de l’écouté qui fait tombé le masque de sa vie devant l’écoutant dans la confiance et le souci de la transparence.

Yago: Comment l'écoutant peux se libérer de ses tendances

PhilippeL’écoutant a intérêt à donner totalement son attention à la personne "brisée-blessée" qui est en face lui, c'est-à-dire l'écouté. Il y a besoin de faire un effort afin de se libérer des choses qui empêchent la bonne écoute.

Ces choses qui nous empêchent sont les distractions. Il y a trois sortes de distractions :
  • distraction matérielle : son, bruit, cri, etc.
  • distraction physique : malaise, démangeaison.
  • distraction mentale : souvenir, préoccupation.

Yago: Que devons-nous faire?

PhilippeNotre attention doit d'abord porter sur ce que l'écouté dit :
  • Est-ce qu'il parle du présent ou du passé ?
  • A-t-il peur de son futur ?
Ensuite l'attention doit être portée sur l'intonation

Est-ce qu'il parle très vite ou doucement ?
  • A-t-il la voix tremblante ?
  • Parle-t-il avec peine ?
Enfin l'attention est portée sur le langage corporel
  • Parle-t-il avec le front plié ?
  • Les yeux fermés ?
  • Les larmes aux yeux ?
  • Avec un regard effrayant ?
  • Avec les lèvres qui tremblent ?
  • Les jambes qui bougent ? …
Le langage corporel est un message en soi. Qu'est-ce que l’autre exprime à travers sa face, ses mains, ses pieds, ses épaules, etc. …

Yago: Et le silence?

PhilippeDans le silence, il y a trois attitudes :
  • le consentement,
  • le refus,
  • l'indifférence.

Ces trois attitudes se manifestent du coté de l'écouté. Mais dans notre contexte, le silence a une autre connotation. Le silence nous parle de la peur, la honte de se révéler, ne pas être à l'aise avec l'écoutant …

Prêter attention à la personne qui parle, aux mots qu’il utilise, aux mouvements de son corps, à ses silences, nous aide à comprendre ses sentiments.


Yago: Est-ce que tu peux partager quelques attitudes pratiques?

PhilippeTrois facteurs importants comme attitudes pratiques :

a. Le contact des yeux

C'est une des possibilités pour assurer l'écouté qu'on est avec lui. Le regard posé sur l'autre est pour une manifestation de notre attention et de notre intérêt. Ce n'est pas pour fixer la personne comme pour découvrir quelque chose de caché. Non ! C'est une attitude de respect, de politesse et qui aide l'autre à se sentir à l'aise avec l'écoutant. C'est aussi pour dire " je suis ici pour toi. Je m'intéresse à ce que tu dis… "

Regarder l'autre en suivant son mouvement, sa façon de s'asseoir, les mouvements des mains et des pieds. Quand l'autre se sent gêné, a honte ou a peur du regard, il faut momentanément déplacer son regard. Cela va l'aider à avoir confiance en elle-même.


b. Suivre l'écouté quand il parle

Suivre étape par étape l'écouté dans son récit. Ne rien ajouter ni retrancher de son récit. Accueillir ses dires sans porter de jugement.

La tentation serait de préparer une réponse préalable au problème. Or il s’agit juste d'accueillir la parole, et chercher la réponse ensemble avec l’écouté. Il faut faire très attention aux réalités culturelles de l'autre au risque de le scandaliser.

c. Respect et confiance

Dans l'écoute, on manifeste à l'autre qu'on lui fait confiance. Ainsi, en réfléchissant, il trouve une solution à son problème. On ne prend pas la décision à la place de l'autre, ce qui est dit et partagé avec l'autre ne doit pas être propagé : ça reste une confidence. A moins que pour des raisons particulières, l'autre demande de le faire.


Yago: Quels sont les risques d'un échec dans l'apostolat de l'écoute?

PhilippeCet apostolat de l'écoute est difficile et suppose de se garder de toute naïveté. Certaines personnes abusent de notre disponibilité et veulent être le centre d'intérêt. Il convient de les aider, avec charité, à trouver un juste équilibre. Cela s'avère nécessaire, tant pour l'écoutant que pour l'écouté, sous peine d'échec de la rencontre-écoute.

Les raisons d'un échec de la part de l'écoutant sont multiples. On peut en particulier citer :

  • Recherche de soi dans la rencontre-écoute.
  • Excès de compassion pour la cause présentée.
  • Manque de rigueur et de discipline dans le processus du dialogue.
  • Manque de discernement afin de démanteler les pièges tendus.
  • Volonté de partager son expérience personnelle à l'autre, ce qui fait que les rôles s'inversent : l'écoutant devient l'écouté.
  • Manque de sérieux de la part de l'écoutant et négligence de détails dans le récit de l'écouté.
  • Manque de contrôle de ses pulsions en face de l'autre.


Yago: Est-ce que vous pouvez donner une introduction à une approche biblique et chrétienne de l'apostolat de l’écoute? 


Philippe: Cet apostolat ne peut se priver d’une base biblique. C’est le capital de notre approche qui est d’aider l’autre à se mettre debout. Personne n’est une île dit-on, car tout conflit est en relation avec l’autre, parce que chaque personne est en lien avec l’autre. J’ai abordé quelques points sur la relation interpersonnelle, le dialogue, la jalousie etc. L’approche biblique et chrétienne de l’apostolat de l’écoute nous aide à recentrer notre discours sur le « Sujet » en proie avec l’oppression de tout genre.

Yago: Merci de partager avec nous votre expérience sur cet apostolat. Je crois que c'est une grande contribution à la guérison de l'église centrafricaine.

PhilippeMerci à toi aussi de m'avoir donné l'espace pour partager à ce sujet.